C’est la crise, on est en mode survie, serrage des boulons, coupes budgétaires. Pour la culture, 130 millions d’euros en moins, aux moins, mais soyons pragmatique, il faut assurer l’essentiel … Gardons nos sous pour les choses sérieuses et économisons sur le « divertissement ». Mais qu’il est con, ce fils de Cro-Magnon ! Attention je ne parle pas des hommes politiques qui votent ces coupes, mais de nous tous, parce qu’une grande majorité d’entre nous est d’accord avec cette idée, « aller aux spectacles, c’est sympa quand on en a les moyens, quand c’est la crise, il faut arrêter de rigoler. » Bien sûr le monde de la Culture se mobilise dit et redit son importance, mais à la fin on le sait bien, on trouvera des sous pour le réarmement de l’Europe, moins pour sa culture.
Pourtant il y a Cro-Magnon ! Ces gens-là n’avaient pas de toit sur leur tête, pas d’assurance d’un repas à venir, à peine un feu dans leur camp et des peaux de bêtes sur le dos. À l’évidence la moindre parcelle de leur énergie devait être utilisée pour assurer leur survie. Pourtant, ils font des dessins au fond des grottes, ils chantent, ils dansent, ils tapent sur des percussions, ils inventent les premières flûtes, les premiers bijoux, les premières parures … En somme Ils inventent une production artistique, avant la maçonnerie, l’agriculture et la guerre ! Franchement on pourrait se demander, s’ils avaient bien le sens des priorités. Mais Cro-Magnon a réussi, c’est notre ancêtre, il a colonisé la terre entière, il s’est s’adapté à tous les milieux. Alors il faut sans doute prétendre que ces activités étaient absolument nécessaires. Mais nécessaire à quoi ?
Cet été une infirmière psy m’a confié «Nos émotions sont le terreau de notre capacité d’adaptation», Soudain la grotte des homos sapiens s’est éclairée d’un nouveau jour. Au travers de ses premières oeuvres, l’homme joue avec ses peurs, ses joies, ses tristesses, ses colères, son dégoût, ses surprises. Il imagine, il rêve, il envisage son lendemain et c’est pour ça qu’il est, plus que les autres, capable de l’affronter. Cultiver ses émotions, voici l’outil premier, l’arme décisive, la découverte fondamentale. Mon infirmière psy connaissait aussi le résultat d’une absence d’apprentissage émotionnel, elle avait un nom pour cette incapacité à réagir, à affronter le réel, la sidération.
Ne soit pas con fils de Cro-Magnon, C’est la crise, on est en mode survie, serrage des boulons, coupes budgétaires … Il faut assurer l’essentiel et l’essentiel …
